Quand le cerveau précède la pensée
La plupart des fois où nous pensons prendre une décision, nous ne faisons en fait que valider un choix déjà effectué une dizaine de secondes plus tôt par notre propre cerveau. C’est la troublante conclusion à laquelle sont parvenus des chercheurs allemands au cours d’une étude d’imagerie cérébrale. Leurs travaux paraîtront en mai dans la revue «Nature Neuroscience».
Libre choix
John-Dylan Haynes et ses collègues du Bernstein Center for Computational Neuroscience de Berlin (Allemagne) ont utilisé la technique de l’IRM fonctionnelle pour tenter de déterminer ce qui se passe dans le cerveau d’un individu juste avant qu’il prenne une décision. Placés dans un caisson IRMf qui enregistrait les variations d’activité de leur cerveau, les sujets étaient invités à appuyer quand ils le voulaient sur un bouton placé devant eux; ils devaient également indiquer à l’expérimentateur à quel moment ils avaient pris consciemment la décision d’appuyer sur le bouton.

Décision anticipée
Après plusieurs sessions, l’équipe de scientifiques allemands est parvenue, en analysant en temps réel l’activité de leur cortex fronto-polaire, à prédire les décisions des sujets plus de 7 secondes avant que ces derniers n’aient conscience de les avoir prises. Les prédictions ne sont pas parfaites, mais pour les chercheurs, elles démontrent clairement que, dans une tâche impliquant un libre choix, le processus de décision échappe en partie à notre volonté.
L’illusion du libre arbitre
Ces résultats confirment par ailleurs ceux obtenus il y a plus de 20 ans par le neuropsychologue Benjamin Libet à l’aide de la technique de l’électro-encéphalogramme. Ce dernier s’était aperçu qu’une onde électrique caractéristique était systématiquement générée par le cerveau quelques fractions de secondes avant qu’une décision consciente soit prise. Bien que reproduits à plusieurs reprises, ces résultats étaient très controversés car ils semblaient indiquer que le libre arbitre n’était qu’une illusion créée… par notre cerveau.
La volonté pas encore enterrée
Haynes et ses collègues sont plus prudents quant aux implications de leurs travaux qui selon eux, n’excluent pas la possibilité d’un libre arbitre. «Notre étude montre que les décisions sont préparées inconsciemment beaucoup plus longtemps en avance qu’on ne le pensait», explique Haynes. «Mais nous ne savons toujours pas où est prise la décision finale; il nous reste en particulier à déterminer si une décision préparée dans le cortex fronto-polaire peut être «annulée» par des processus conscients».
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Ce genre de problèmes est très intéressant et constitue en effet une des branches de recherche les plus actives des neurosciences cognitives aujourd’hui. Pas mal d’expériences de ce genre sont analysées dans le livre de Sacha Gironde sur la neuroéconomie qui vient de sortir. La notion philosophique et économie classique de décision individuelle peut en effet être en partie remise en cause par ce genre d’expériences en imagerie cérébrale.