Collision entre deux sous-marins nucléaires français et anglais
PARIS/LONDRES (Reuters) - Deux sous-marins nucléaires français et britannique sont entrés en collision début février au cours de leurs manoeuvres respectives dans l’Atlantique, ont déclaré les marines des deux pays, confirmant des informations de presse.
Pour plusieurs experts, le choc aurait pu provoquer une catastrophe majeure en cas de rupture des coques, de déclenchement d’une munition conventionnelle ou d’un incendie, même si le risque d’une explosion nucléaire était quasiment nul.
Les munitions des deux submersibles, le Triomphant et le Vanguard, n’ont pas été endommagées, a déclaré l’amiral Jonathon Band, chef d’état-major de la Royal Navy, lors d’une conférence de presse à Londres.
Aucun responsable des deux pays n’a jusqu’ici expliqué comment deux engins aussi sophistiqués avaient pu entrer en collision en pleine mer, un événement rarissime.
Les sous-marins “sont entrés en contact brièvement à très basse vitesse alors qu’ils étaient en plongée. Il n’y a eu aucun blessé. Ni leurs missions de dissuasion ni la sûreté nucléaire n’ont été affectées”, a souligné la marine nationale française dans un communiqué, une version reprise par l’amiral Band.
Les autorités britanniques ont indiqué dans un communiqué que “la capacité de dissuasion du Royaume-Uni n’a jamais été diminuée et que la sécurité nucléaire n’a pas été compromise”.
Des quotidiens britanniques ont déclaré que les deux sous-marins avaient été fortement endommagés, des informations que ni Band, ni les ministères de la Défense des deux pays n’ont souhaité commenter.
Selon le Sun, le Vanguard, opérationnel depuis 1992, est revenu dans sa base de Faslane, dans l’est de l’Ecosse, avec la coque bosselée et des rayures. Le Vanguard est l’un des quatre sous-marins britanniques équipés du missile nucléaire Trident, composante du système de dissuasion du Royaume-Uni.
16 MISSILES NUCLÉAIRES
Dans un communiqué publié il y a dix jours, la marine nationale française avait déclaré que le Triomphant était entré en collision avec “un objet immergé (probablement un conteneur)” et que son dôme sonar avait été endommagé mais qu’il avait pu regagner par ses propres moyens la base de l’Ile-Longue à Brest.
Le Triomphant, entré en service en 1997, abrite 16 missiles nucléaires. C’est l’un des quatre sous-marins de la flotte française équipés de l’arme atomique.
Selon John Large, un expert indépendant spécialisé dans les questions nucléaires, l’incident aurait pu être bien plus dramatique. “Le vrai risque est d’avoir un incendie à bord provoqué par l’impact”, a-t-il souligné. “Chaque ogive est dotée d’une charge explosive de 30 à 50 kilos.”
La proximité des deux engins s’explique par le fait qu’ils ont des cibles similaires et doivent rester à portée de leurs bases respectives, dit-il.
Lee Willett, de l’institut royal pour les études de défense et de sécurité, l’incident est en partie due à la conception même des sous-marins. “Un sous-marin dissuasif doit par essence être le plus discret possible, afin de ne pas être repéré. Il n’est donc pas surprenant qu’ils ne puissent s’entendre.”
La technologie anti-sonar est devenue si efficace qu’il est possible que les deux sous-marins ne se soient mutuellement pas détectés, a également supposé The Sun.
Un député du Parti national écossais, Angus Robertson, s’est demandé “comment il est possible qu’un sous-marin transportant des armes de destruction massive heurte un autre sous-marin transportant des armes de destruction massive dans le deuxième océan le plus vaste de la planète”.
Les militants antinucléaires ont également donné de la voix. Le mouvement britannique Campaign for Nuclear Disarmament a déclaré qu’il s’agissait du pire accident impliquant un sous-marin nucléaire depuis le naufrage du submersible russe Koursk en 2000.
En France, le réseau Sortir du nucléaire a constaté que “c’est seulement après la révélation des faits par le quotidien britannique The Sun que le ministère de la défense a reconnu la collision entre sous-marins atomiques”.
“Il apparaît donc clairement que, une fois de plus, le premier réflexe du lobby nucléaire est de cacher la vérité.”











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