Vous êtes ici: Accueil » Au fil du temps, Familles & sociétés »

Le téléphone portable est mon pire cauchemar. Il donne lieu aux affrontements les plus violents entre élèves et enseignants, surtout quand on décide de confisquer l’objet du délit.

Lorsque j’étais lycéen, les téléphones portables n’étaient pas très répandus, et je me souviens que c’est en première année de maths sup. que j’ai eu mon premier téléphone portable, et à l’époque, seulement les deux tiers des élèves de ma classe avaient un téléphone portable.

Aujourd’hui, 98% des élèves en classe de seconde ont un téléphone portable.

Et si le règlement intérieur de mon lycée est très ferme sur le sujet, les élèves eux prennent quelques libertés avec le dit règlement, et n’hésitent pas à contester ouvertement les tentatives de confiscation.

Errements d’un débutant

L’année précédente, lors de ma première année d’enseignement, j’ai découvert avec stupeur que les élèves n’hésitaient pas à consulter leurs SMS et à répondre en classe.

Persuadé qu’ils comprendraient, j’ai essayé la méthode douce, expliquant calmement que l’usage du portable en classe était interdit, et que si ils continuaient je leur confisquerais le dit téléphone.

Le problème avec les menaces, c’est qu’un jour, il faut mettre à exécution pour que cela ai un effet dissuasif.

le-prof-leleve-et-le-portable

Première année d’enseignement, premier mois :

Un téléphone sonne en classe, surpris et angoissé sur la réaction à avoir, je fais une remontrance à l’élève, remontrance assez musclée. Deux semaines plus tard, un autre téléphone sonne en cours … et je manifeste alors mon agacement et au moment ou je m’apprête à faire la leçon je me rend compte que c’est mon téléphone qui sonne … Comme je n’avais pas fait d’humour, ils n’en firent pas non plus, et au final j’étais gêné et très embêté. J’ai fait cette même bêtise dans mon autre classe, et au niveau crédibilité, c’est très moyen.

Première année d’enseignement, troisième mois :

Après avoir menacé de sanctionner, menacer de confisquer, j’ai décidé de passer à l’action. Ce jour là, je constate qu’une élève au fond de la classe lit ces SMS. Je m’énerve, commence ma leçon de morale et lui demandant de me donner son téléphone, ce qu’elle est presque prête à faire, mais au moment ou j’arrive devant elle je rajoute : « Il va passer une semaine au coffre ».

Et là, c’est le drame, elle refuse de me donner son téléphone. Avec la chance que j’aie, il a fallu que je choisisse de faire un exemple avec un leader fort. Je me retrouve devant elle, à m’énerver, à ne pas savoir que faire (…) Après mettre énervé, l’avoir menacé de tous les mots, je n’ai pas d’autre solution que de lui demander son carnet qu’elle me donne, car elle s’en moque, et de lui demander d’aller en étude.

Elle refuse d’aller en étude, je demande alors au délégué d’aller chercher Madame la proviseur, sentant les problèmes arriver elle accepte de partir, en m’invectivant d’un « Vous êtes en train de vous faire détester de tout le monde » ou d’une expression menaçante similaire.

Tout le monde comprendra que je ne pouvais pas garder en cours cette élève insolente, mais on peut noter également que l’exclusion est une fuite pour ne pas affronter le problème.

Bref, après m’être fait « ridiculisé », j’ai compris que pour les élèves qui utilise le téléphone, je n’avais qu’à ne pas les voir, les ignorer en somme.

L’élève exclu fut collé et reçu un avertissement discipline, cela ne lui fit aucun effet, elle continua à utiliser ostensiblement son téléphone en classe, alors que moi j’enrageais intérieurement, impuissant et déçu de ma non gestion de ce problème.

Deuxième année, nouveau départ

Lors de la rentrée scolaire, je rappel dans chacune de mes classes que comme il est indiqué dans le règlement intérieur de l’établissement, l’utilisation du téléphone portable est interdite en classe, et que tout téléphone qui serait aperçu sera confisqué.

Une fois ce rappel fait, il va falloir tenir et faire quelques exemples, car il est certain qu’ils vont tester.

Cette année là, j’ai trois classes : 1ère Es ; 1ère SMS et 2nd5.

Deuxième année d’enseignement, premier mois :

Avant la fin du premier mois, les secondes ouvrent le bal, et j’aperçois au fond de la classe une élève qui manipule son téléphone. Je me dirige sereinement vers elle, et je lui demande simplement son téléphone, elle me le donne en passant peut-être que je le lui rendrais à la fin de l’heure, je retourne au tableau et explique que à toute la classe que comme indiquée au début d’année, le téléphone sera confisqué pendant une semaine.

A la fin de l’heure, la propriétaire du portable tente une approche subtile, en m’expliquant qu’elle ne regardait pas ses SMS, mais uniquement l’heure.

Depuis ce jour là, je ne dis plus : “Je t’ai confisqué ton portable car tu lisais tes SMS” mais “Je t’ai confisqué ton portable car tu le manipulais en classe“. Ils sont capable de mentir les yeux dans les yeux pour sauver leur portable, c’est un fait.

Quittant la classe en pleur, elle comprend que son téléphone lui fera défaut pendant une semaine, elle tente également une approche du type : “J’en ai besoin pour appeler ma mère qui vient me chercher à l’arrêt de bus”, mais je bien décidé à ne rien négocier.

Le lendemain, l’élève en question est au premier rang, et exige de passer au tableau pour corriger les exercices.

Bien entendu, quand vous confisquez un portable, l’effet sur les élèves est comparable à un scandale, tous en parle, et je sais que mes autres classes l’ont également appris.

Deuxième année d’enseignement, deuxième mois :

Une fois l’effet immédiat passé, je constate que les portables tentent de timides sorties des sacs, et au premier constat, je fais un court rappel au règlement, suivi du récit de l’élève qui en pleur, a eu la malchance constater ma fermeté sur le sujet.

Au bout d’un mois, l’effet mémoire s’étant dissipé, et ayant fait un rappel un et unique, je constate qu’une élève de 1ère SMS lit joyeusement ses SMS.

Ni une ni deux, je m’approche d’elle, lui demande son téléphone qu’elle me donne, puis je recommence mon sketch, il faut profiter de la confiscation et de « l’effroi » des élèves pour refaire un rappel au règlement.

A la fin de l’heure, j’ai droit à ma scène d’hystérie, accompagné d’argument chocs :

L’élève : J’en ai besoin ce weekend.

Le prof : A vrai dire ce n’est pas mon problème.

L’élève : On doit sortir en boîte, ma mère ne me laissera pas sortir sans mon téléphone.

Le prof : J’en suis navré mais la prochaine fois tu ne l’utiliseras pas en classe.

L’élève : Je ne l’utilisais pas, je regardais l’heure.

Le prof : On va arrêter là, je n’ai pas de tapis à vendre, ton téléphone est confisqué point barre, il passera une semaine au coffre.

L’élève en partant : Ma mère va appeler le lycée ….

Ni une ni deux, je fille rencontrer les directeurs, les CPE, car rien ne serait pire que d’être désavoué …

Une heure plus tard, l’élève m’attend devant la salle des profs, en me demandant si j’accepte de le lui rendre ou s’il est nécessaire que sa mère appelle le lycée.

Je lui explique qu’il est inutile d’appeler le lycée, que la direction de l’établissement est déjà au courant et approuve la sanction.

Argumentant que dans ce cas sa mère va venir récupérer le téléphone, je lui explique que si elle vient je la recevrais avec grand plaisir, que l’on a justement beaucoup de chose à se dire, mais que dans tous les cas, elle ne repartirait pas avec le téléphone.

Je dois bien avouer que j’ai eut une sacrée poussée d’adrénaline, et qu’il m’a fallu enchainer les entretiens avec le personnel de direction car tout désaveux aurait été catastrophique.

Cette élève m’en a bien voulu pendant quelques semaines, puis elle a appris, comme les autres, à ne pas utiliser son téléphone en classe. Comme quoi, un peu de fermeté cela ne fait pas de mal.

Je profite de cette deuxième confiscation pour faire une mise au point dans mes classes :

Vous savez probablement que je confisque les téléphones portables si vous les manipulez en cours.

Si votre portable sonne en classe, je vous demanderez simplement de l’éteindre, car il arrive à tout le monde d’avoir oublié d’éteindre son téléphone, même à moi.

Par contre, si je vous vois avec le téléphone dans les mains, peu importe la raison, il sera confisqué une semaine, et ce même si vous en avez besoin pour rentrer chez vous.

Si vous faites le choix délibéré de passer outre la consigne, vous devrez en assumer les conséquences.

Une journée horrible

Ce mardi matin là fut le début d’une journée horrible.

Il est 9h20, quand l’une de mes élèves de seconde lit tranquillement ces SMS, l’élève en question, paumé, semble seul dans la classe, et ne travaille pas.

Je me présente alors devant son bureau et je lui demande son téléphone portable.

Elle refuse.

Je lui demande si elle certaine de vouloir refuser et d’en assumer les conséquences ?

Elle tente de négocier une autre sanction. Heure de colle, exclusion de cours etc …

Je retourne a mon bureau, et j’explique que je le cours ne reprendra pas tant qu’elle ne m’aura pas donné son portable, et que au plus j’attendrais, au plus le portable sera confisqué

Elle commence alors à ranger ses affaires, en expliquant qu’elle va en étude.

Je me retrouve alors contraint de fermer à clefs les portes, car elle serait réellement sortir.

Au bout de quelques minutes, elle demande à me parler à part, dans le couloir, et elle m’explique que elle ne peut pas me donner son téléphone portable, car elle à besoin de contacter un ami pour dormir chez lui ce soir.

La faisant parler un peu et je comprends qu’elle est sérieusement en train d’organiser une fugue, et que ce n’est pas une blague, même si elle n’appelle pas ça une fugue … J’exige alors le portable, car je lui explique que je ne la laisserais pas organiser sa fugue, et c’est alors que j’ai droit au chantage au suicide.

Le problème, c’est que c’est crédible.

Je me retrouve alors dans le couloir, avec en face de moi une élève en pleine crise, parlant de fugue et de suicide et une classe que j’ai laissé sans surveillance …

A dix heure, dans le bureau du CPE on essaye de dénouer le sac de nœud, ayant cours juste après avec mes 1ère ES, je fais rentrer mes élèves en classe, et je leur demande de corriger les exercices et de se tenir à carreau, comme ils sont une dizaine tout se passe bien, et pendant ce temps avec l’équipe pédagogique, on essaie désespérément de trouver des solutions pour cette élève en détresse.

Quand je rejoins mon cours, je suis sans perturbé, je ne trouve plus mes mots, j’hésite … et je commence à revenir sur les exercices qui ont été corrigés au tableau …

Et là c’est le drame.

Une élève est en train de lire ses SMS.

(…)

Mon sang ne fit qu’un tour, je lui demande son portable, elle me le donna en tentant de m’expliquer quelque chose que je refusais d’entendre …

Constatant que l’élève s’effondre en pleure, je prends conscience qu’il y a un gros problème, et je me souviens alors qu’il y a de gros problème de santé dans sa famille proche …

Depuis on a un accord avec cette élève, si elle doit recevoir un appel elle me le dit au début de l’heure, et quitte discrètement la classe, de même pour recevoir ses SMS. Elle n’en abuse pas, c’est l’essentiel.

Certains pourraient être choqués par cette tolérance, mais l’année dernière j’avais soutenu tout un argumentaire face à mes élèves, leur expliquant que le téléphone devait être éteins, et que les mauvaises nouvelles, ils les apprendrait à la fin de l’heure, comme ceux qui n’ont pas de portable, et que apprendre un décès en plein cours ou à la fin de l’heure, cela ne change rien …

C’est alors que tenant ce discours de raison (dur il est vrai) une élève a éclaté en sanglot, son frère s’était tué le mois précédent en moto …

Comment tenir un discours argumentatif face à une telle situation.

Deuxième année d’enseignement, divers petits accrocs

Deuxième année d’enseignement, quatrième mois :

Après avoir confisqué le téléphone, je l’ai confié au CPE, et la mère de l’élève est venue discrètement le récupérer, je l’ai appris par hasard le soir, et j’étais furax, je suis sortie à 17h du lycée sacrement énervé, la mère de l’élève m’attendait … pour s’excuser … Le téléphone confisqué était le sien, c’était un téléphone professionnel, et c’est pour cela qu’elle l’a récupéré auprès du CPE. En contre partie, l’élève fut collé deux mercredi après midi, avec l’obligation de ne rien dire, de ne pas se vanter d’avoir récupérer le téléphone.

Ouf j’avais réussi à rattraper la situation, l’élève s’excusa et respecta le deal.

Deuxième année d’enseignement, dernier mois :

A la fin de l’année j’ai confisqué le téléphone de l’une des meilleurs élèves de la classe, une élève brillante qui comprend en tout point.

La confiscation l’a rendu méprisante, agressive, je me suis même demandé si on n’allait pas en venir aux mains, elle basait toute son argumentation sur la fait que justement elle comprend tout et s’ennuie en classe.

En fin d’heure l’élève me fait une scène, enchainant habillement soupir, gémissement, plainte, reproches, argumentaire construit … Une superbe mise en scène, mais quand elle a vu que je ne cédais pas … Elle à négocié la carte sim, j’ai gardé le téléphone, mais je me suis fait avoir, car ce n’est pas l’objet qu’elle voulait, mais sa carte sim.

Résumons

Le téléphone portable est strictement interdit en cours, son utilisation est un signe ostensible de manque de respect envers l’enseignant.

En choisissant d’utiliser le téléphone, y compris pour regarder l’heure, vous allez au devant d’importants ennuis, et on risque de vous confisquer l’objet du délit.

En tout cas, si il y a bien un sujet sur lequel je ne lâcherais rien, c’est bien sur celui de l’utilisation du mobile en classe, et désormais, je ne confisquerais que la carte sim, car c’est facile à transporter, et cela à une faible valeur. Et toute carte sim confisqué sera conservé par mes soins, afin d’éviter tout court circuit.

Je vais même me préparer des étiquettes autocollantes pour la correspondance avec les parents.

Changement de stratégie

En raison d’une multiplication des conflits, des parents prêt à toute forme de violence pour récupérer l’objet du délit, et du caractère hautement conflictuel de l’objet, la stratégie de gestion des incidents “téléphones portables” a changée au niveau de l’établissement.

Les téléphones sont désormais interdit dans les bâtiments, et tout contrevenant s’expose à 3h de TIG (Travaux d’intérêt Général).

Toutefois, la sanction n’étant pas assez “forte”, l’usage du portable perdure, malheureusement.

cent20.net

Wikio

1 Commentaire

  1. Jean-jacques dit :

    Bravo au système éducatif national.

    Un prof faisant autant de fautes de grammaire/orthographe et faisant autant la morale à ses élèves, c’est inacceptable.

    Il serait temps de balayer devant chez soi avant de balayer devant chez le voisin !

Laissez un commentaire

© 2008 - 2011 QUE VEUX TU .COM